Qui est qui ?

Raconté par le Maître Suprême Ching Hai, Hsihu, le 28 septembre 1998

C'est une histoire indienne. Dans une ville en Inde, vivait un hindou très honnête et gentil. Les hindous vénèrent Dieu, et tous Ses symboles, y compris des pierres ou ceux qu’on appelle les reflets de Dieu — les maîtres illuminés du passés. Ils les vénèrent et chantent leurs noms de la même manière que nous chantons les noms du Bouddha Amitabha, du Bodhisattva Avalokitesvara et du Bouddha Sakyamuni. Voilà comment ils prient pour des bénédictions. Certains hindous sont très fervents et ont un cœur très pur. Même s'ils n'ont pas le pouvoir d’omniprésence ou d’omnipotence, aucun pouvoir magique, rien de spectaculaire, ni beaucoup de disciples, leur cœur est pur et ils vivent une vie très confortable. Ils sont pauvres mais ils vivent une vie agréable, sont remplis de foi, et sont libres de tout souci. Les Indiens sont toujours en train de rire. Il peut arriver qu'ils soient très pauvres ou qu'ils n'aient rien à manger pour le lendemain, mais ils rient quand même. Evidemment, les mourants sont trop malades pour rigoler, mais on ne peut vraiment pas leur en vouloir.
Un jour, deux grands maîtres, peut-être des moines ou des brahmanes, sont arrivés dans la ville ou vivait cet hindou. Etant un croyant très fervent, il montrait un grand respect pour tout grand maître, pratiquant spirituel, ou moine qu'il connaissait. Quand il est sortit ce jour-là, il a rencontré l'un des deux maîtres, qui vivait plus près de chez lui. Oubliant qu'il n'avait apporté aucun cadeau, comme du lait ou des fruits en offrande, il s'est prosterné et a dit : « Oh, grand maître ! S'il vous plaît, ayez pitié et protégez ma famille. Votre bénédiction est immense, alors accordez-nous en un peu s'il vous plaît, et votre humble serviteur en serait très heureux ! Permettez-moi de me prosterner devant vous ! »
Le jour suivant, il a apporté quelques fruits en offrande au maître, et a saisi cette occasion pour demander : « Maître, j'ai ouï dire qu'une autre grande âme est venue et qu'elle s'est installée dans le quartier ouest. » Le titre dont ils se servent est Mahatma, ce qui signifie grande âme, grande sagesse, grand sage ou grand maître, comme dans Mahatma Gandhi qu'ils vénèrent. Cela signifie simplement un très grand personnage. L'hindou a demandé : « Maître, avez-vous entendu parler de ce grand maître qui vit dans le quartier ouest, de l'autre côté de la ville ? » Le maître a accepté ses offrandes et a dit : « Hmm ! Oui, je le connais, c'est un taureau ! » (Maître rit) « Vraiment ? » L'homme était stupéfait : « Alors, comme cela c'est un taureau ! Comme je vous suis reconnaissant de votre enseignement ! Je suis une personne tellement ignorante que je ne suis pas capable de faire la différence entre un taureau et un humain. J'en suis fort désolé. Merci beaucoup, maître. Maintenant je comprends. »
Il est rentré chez lui et a vite acheté de l'herbe fraîche (rires) comme offrande pour le maître du quartier ouest. Il a étalé l'herbe par terre et s'est prosterné : « S'il vous plaît, acceptez la prosternation et le modeste présent de cet être humble serviteur et ignorant. Allez-vous gentiment donner protection à ma famille, et accorder un peu de sagesse et de bénédiction sur votre humble serviteur ? Je vous en serais infiniment reconnaissant. »
Comme il s'inclinait, vous savez comment la figure de ce maître a changé ? (rires) Ce n'était pas une figure de taureau, c'est devenu une tête de cheval parce qu'elle était étirée sur une grande longueur. Il lui a demandé : « A quoi pensez-vous en me faisant cette offrande d'herbe ? Je ne comprends pas ! » « Oh ! C'est parce que le maître du quartier est m'a dit que vous étiez un taureau, et j'ai cru que vous alliez raffoler de cette herbe fraîche. (Rires) Le moine s'est exclamé : « Cet homme-là est un âne ! Allez le lui dire » (Rires).
En entendant ces mots, l'homme a dit : « Oh ! Je vois, alors c'est un âne ! Merci beaucoup pour votre enseignement, et je suis désolé de vous avoir offensé à l'instant. Etant un être ignorant, votre humble serviteur ne sait rien, n'a aucun savoir, aucune aspiration, rien... En raison de mon ignorance, je ne réalisais pas que vous étiez une grande âme, au lieu de cela, je pensais que vous étiez un taureau comme le maître m'avait dit. Si vous ne l'aviez pas démenti, un être ignorant comme moi n'aurait jamais su la vérité. » Il a continué de s'excuser et il est parti.
Il est allé acheter des graines de coton pour donner en offrande au premier maître. « Maître, s'il vous plaît, allez-vous accepter mon humble présent et me faire grâce de protection et de bénédiction en échange ? Votre modeste serviteur est réellement ignorant et n'a pas de bénédictions du maître. Je vous en serais reconnaissant si vous me donniez quelques bénédictions et si vous acceptiez mon offrande sincère. » Le visage du maître est devenu vert et il n'avait pas l'air d'un âne, mais d'une gr-aine (Maître joue sur les mots en anglais ass et gr-ass) « Qu'est-ce que cela signifie ? Comment je pourrais manger ça ? Je suis un être humain. Pourquoi avez-vous acheté ça ? »
« En tant qu'être ignorant, je ne sais rien. Votre humble serviteur n'a jamais étudié aucun des Védas, ni pratiqué avec un maître illuminé. Je suis juste une personne ordinaire, alors comment je peux discerner ce qu'une grande âme comme vous est réellement ? Grâce à l'enseignement d'un autre maître, je sais que vous êtes un âne (Maître rit). C'est pour cela que je suis vite allé acheter ceci pour vous le donner en offrande. Veuillez, s'il vous plaît pardonner mon ignorance. » Le moine était très en colère : « Amenez-moi voir cet homme ; je vais lui donner une leçon et lui montrer la façon de traiter son aîné. »
Quand les deux moines se sont finalement rencontrés, ils ont eu une violente dispute. Regardant dans un coin, le fermier (l'hindou) était vraiment très amusé de voir un taureau se disputer avec un âne (Maître et tout le monde rient).
A cause de leur ignorance, ils ne réalisaient pas qu'en fait ils étaient pareils ! Ils se conduisaient de cette manière parce qu'ils n'étaient pas illuminés. S'ils l'avaient été, ils auraient su que dire du mal des autres c'est dire du mal de soi. Au lieu de se parler en face, ils parlaient chacun dans le dos de l'autre, sans savoir qui était le taureau et qui était l'âne.
Le monde est vraiment drôle ! Tout le monde se laisse aller à ces jeux, personne n'est sérieux. Ils n'ont vraiment rien d'autre à faire ! Vous n'avez pas à vous sentir frustrés pour autant. Rien n'arrive vraiment dans le monde ; tous les problèmes se créent d'eux-mêmes. Si nous pouvons reconnaître notre nature originelle, nous nous sentirons très heureux et en paix, sachant que rien ne se passe. Nous créons tout, juste pour le jeu. C'est vrai, et c'est réellement amusant.
Se transformer en papillon et voir comment ça fait. Pour la même raison, il y en a qui prennent la forme d'une fourmi, d'un oiseau, d'un lion ou d'un tigre. Oh ! Tout le monde s'amuse beaucoup à ce jeu. En fait c'est le même courant électrique qui coule en tout, il n'y a que les câbles de connexion qui sont différents. Certains sont très épais, très fins, très beaux, d'autres très sombres. La couleur et l'épaisseur peuvent varier, mais c'est la même électricité dedans, venant du même générateur (applaudissements).
 
 

Un coeur pur voit Dieu en Maya

Raconté par le Maître Suprême Ching Hai, Hsihu, Formose,
le 15 octobre 1990 (initialement en chinois)

Une personne des Indes orientales qui croyait vraiment en Dieu traitait tout le monde comme Dieu ; même les chiens et les chats étaient Dieu pour elle. Un jour, un chien a volé les chapatis qu'elle avait cuits et mis de côté. Elle a vite couru après le chien avec un pot de beurre dans sa main, en disant : « Oh ! Dieu attends s'il Te plaît, je n'ai pas mis le beurre sur les chapatis. Ce ne sera pas très bon si Tu le manges comme ça. » Sa croyance profonde en le pouvoir tout-puissant lui faisait voir Dieu en n'importe quel être.
Un jour Maya est venue pour l'attraper, il avait peur que cet homme puisse dépasser sa position, alors il a essayé de lui faire du mal. Il était en train de prendre de l'eau dans un puits, quand Maya est apparu et a essayé de le jeter dedans. Pourtant, malgré tout, en voyant les deux cornes sur la tête de Maya, sa figure noire et sa bouche si grande et rouge, avec deux dents qui dépassaient (Maître montre les dents qui dépassent), l'Indien a dit avec un sourire : « Oh ! mon Dieu bien-aimé, mon bouddha laisse-moi m'incliner devant ton mérite infini. Quelle bénédiction pour moi de pouvoir te voir en personne. » Après ça, il a chanté une ode : « Dieu est le plus grand et le plus beau, avec des dents longues comme ça (Maître chante. Rires, applaudissements), un teint si foncé, une bouche  si grande, des cornes si grosses et des ongles si pointus. Il n'a même pas besoin de porter de vêtements. Je veux vraiment L'amener à la maison, Lui offrir un ensemble de beaux habits, et Lui donner à manger du lait et des chapatis. » En même temps qu'il chantait, il dansait et faisait des courbettes. Abasourdi par son ingénuité, Maya ne savait pas quoi faire de lui. Il n'a pu que rire en disant : « D'accord, d'accord ! Tu as gagné ! »
C’est pourquoi, nous devons préserver notre pureté d’esprit à tout moment pour mener une vie heureuse.